Le comte de Neufbourg, pisciculteur en Sologne à l’époque décrit les difficultés rencontrées ces années là :
5 avril 1930 – Il reste peu d’espoir de remplir les étangs. Les ruisseaux n’ont pas coulé depuis août. Nous avons eu du mal pour alimenter les dépôts d’hiver (étangs d’hivernage - NDLR) avec les étangs supérieurs. Les étangs sont empoissonnés mais les plus favorisés ont moins d’un mètre d’eau à la bonde : heureusement les hérons ne se montrent guère.
15 avril – Tous les fossés d’arrivée d’eau sont nettoyés ans l’attente d’un orage de printemps. Nous allons perdre gros ; les carpillons seront trop petits ou trop gros mais non commercialisables.
21 avril – Enfin, il a plu un peu.
30 avril – Il brumasse toujours. Les prés en profitent beaucoup, mais les fossés restent à sec et le niveau des étangs n’a pas monté d’un centimètre !
5 mai – Les queues d’étang, énormes sont enherbées : les vaches les parcourent déjà . Ce sera bon pour l’an prochain, mais l’année 1930 semble fichue.
6 mai – Il a plu toute la nuit. Les ruisseaux coulent enfin. Il a fallu nettoyer les grilles toute la nuit.
7 mai – Nous sommes sauvés : la pluie continue. Les fossés coulent à plein. Les petits étangs sont pleins, les grands se remplissent vite.
8 mai – La pluie s’arrête, les étangs sont prêts à déborder.
9 mai – Les fossés continuent de couler, il faut d’urgence les boucher et détourner l’eau vers la Loire. Les poissons de Loire parviennent au pied des grilles. Dans les champs les pomme de terre sont noyées.
15 mai – Il pleut tous les jours. Les fossés sont pleins, les canaux d’évacuation et les étangs sont pleins.
25 mai – L’eau noie les routes. La pose (ponte des carpes – NDLR) s’est faite dans ces conditions. Si la pluie ne cesse, des alevins vont fuir.
10 juin – Tout est noyé, l’eau remonte du fleuve dans les étangs. Les poissons-chats, perches et blancs entrent partout.
12 juin – Les digues des étangs sont quasiment noyées, elles tiennent. Mais tiendront-elles encore longtemps ?
15 juin – La situation est désespérante : les vaches sont malades, les foins perdus, les cultures noyées, les peupliers commencent à mourir, les digues s’érodent.
20 juin – On voit des bancs d’alevins de carpe qui sortent des étangs de pose (étangs frayères – NDLR) à chaque montée d’eau. Des chaussées ont crevé, les nourrains (carpes de 2 étés – NDLR) ont fui, les tanches se retrouvent sur les prés.
25 juin – Nous venons d’avoir deux jours sans pluie. L’espoir renaît.
2 juillet – Les eaux baissent malgré les orages. Les terres et les prés sont des puanteurs. Les récoltes sont anéanties. Les chaussées des étangs doivent être restaurées, les grilles nettoyées, les fossés refaits… La production de poissons sera nulle.
Le comte de Neufbourg conclue : « Et nous avions peur de manquer d’eau ! »
Article de Bernard BRETON
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